L'Atlantide selon Platon

Publié le par Svetlina

Comme l’indique le titre de cet article, le but n’est pas de parler de l’Atlantide, sujet tellement vaste qu’il mériterait des livres entiers, mais uniquement de ce qu’en dit Platon. Nous pourrons éventuellement par la suite dériver un peu et nous demander ce qu’est devenu ce fameux continent englouti, mais pour l’instant, comme point de départ, le mieux est sans doute d’étudier ce que Platon écrit dans Timée et Critias, les deux seuls ouvrages à parler explicitement de l’Atlantide. D’autres auteurs grecs ont décrit un mystérieux continent disparu, notamment l’historien Hérodote, mais sans le nommer. Il est aussi fréquemment question, dans la mythologie grecque, d’un pays lointain et nordique appelé « Hyperborée », mais ce serait certainement une erreur que de croire qu’Atlantide et Hyperborée désignent un seul et même continent.

 Platon

Timée et Critias

Dans ces deux ouvrages, Platon retranscrit un long dialogue entre quatre personnages : Socrate, le grand maître, Timée, Critias et Hermocrate. Ces trois derniers s’expriment tour à tour devant Socrate, et leurs récits sont donnés par Platon dans ce qui aurait dû devenir une trilogie. Or le troisième ouvrage (Hermocrate) ne fut jamais écrit, et le second, Critias, resta inachevé… à moins qu’on n’ait jamais retrouvé la suite. Quoiqu’il en soit, il faut préciser que Le Timée est un ouvrage particulier dans l’œuvre de Platon, car son dessein est de donner un aperçu général de la connaissance au temps de Platon, aussi y est-il question de cosmogonie, d’anatomie, d’histoire, etc… Pour le thème qui nous intéresse ici, l’Atlantide, toutes les informations nous sont données par l’un des protagonistes, Critias. Il précise qu’il tient l’histoire de l’Atlantide de son grand-père, Critias l’Ancien, qui lui-même la tenait d’un certain Dropidès, qui la détenait de Solon, grand homme politique  et philosophe athénien, qui avait appris l’histoire en Egypte auprès des prêtres de Saïs. Dans ce qui suit, on considèrera que c’est Platon qui est l’auteur, bien qu’il ne fasse à priori que retranscrire les paroles de Critias.

Situation et dimensions de l’Atlantide

L’Atlantide n’était pas une petite île, très loin de là, puisque Platon la dit « grande comme la Libye et l’Asie réunies ». A l’époque, la Libye désignait toute l’Afrique du Nord (excepté l’Egypte), et l’Asie désignait l’Asie mineure, c’est-à-dire approximativement la Turquie actuelle. Ce qui fait tout de même un immense continent.

Quant à sa situation, ce qu’en dit Platon est à la fois très précis et très étrange :

" [L’Atlantide] se trouvait en effet devant le détroit qui, selon votre tradition, est appelé les Colonnes d’Héraclès. Cette île était plus étendue que la Libye et l’Asie prises ensemble. A partir de cette île, les navigateurs de l’époque pouvaient atteindre les autres îles, et de ces îles, ils pouvaient passer sur le continent situé en face, le continent qui entoure complètement cet océan, qui est le véritable océan."

Les Colonnes d’Héraclès, pour les Grecs de l’époque, c’est le détroit de Gibraltar, donc la jonction entre la Méditerranée et l’Atlantique. Donc, vu de la Grèce, l’Atlantide se situe bel et bien au beau milieu de l’océan atlantique, et il serait absurde de vouloir la situer ailleurs, comme l’ont fait certains interprètes. Quant à ce continent qui se trouve encore au-delà de l’Atlantide, on ne peut bien sûr s’empêcher de penser à l’Amérique… mais avant de tirer des conclusions trop hâtives il faudrait pour cela étudier de plus près la conception du monde selon Platon.

Un merveilleux continent de montagnes

L’Atlantide est décrite par Platon comme un vrai coin de paradis, où la terre est fertile, l’agriculture aisée et prolifique, où tout fleurit à merveille et en grandes quantités, sous un climat idéal et à la végétation luxuriante. C’était un continent  de montagnes, de grandes chaînes montagneuses peuplées par des cités magnifiques et des milliers de petits villages, et parsemées de vertes prairies, de lacs, de rivières et de profondes forêts. Tout autour, pas de plage de sable fin, mais plutôt des falaises abruptes plongeant à pic dans l’océan.

Les montagnes ne recouvraient toutefois pas tout le continent. Au Sud se trouvait une plaine immense mesurant 3000 stades sur 2000 stades (soit à peu près 500 sur 350 kilomètres), laquelle était entourée d’un immense fossé creusé par les hommes eux-mêmes (ce qui sous-entend que leur technologie était capable de réaliser des ouvrages de très grande ampleur, vue la taille et la profondeur du fossé !), et rempli de l’eau descendant des rivières de la montagne. De plus, cette plaine était traversée par de nombreux canaux transversaux, empruntés par les bateaux de transport. Elle était divisée en districts, à la tête de chacun desquels se trouvait un chef.

Enfin, du côté Sud de cette plaine, face à l’océan, se trouvait la somptueuse capitale qui, selon la description de Platon, semblait dépasser très largement en beauté et en grandeur toutes les villes aujourd’hui connues. Elle se trouvait au centre de six cercles concentriques d’eau et de terre, lesquels étaient reliés soit par des ponts, soit par un long canal jonché de ports. Au centre se trouvait la capitale, essentiellement constituée de sanctuaires et de temples, et où coulaient deux sources abondantes et inépuisables, l’une d’eau froide, l’autre d’eau chaude, toutes deux parfaitement pures et propres. Quant au centre suprême, le sanctuaire de Poséidon, il était tout recouvert d’or et d’argent :

" A l’intérieur, on avait revêtu tout le plafond d’ivoire mêlé avec de l’or, de l’argent et de l’orichalque, ce qui lui donnait un aspect bariolé; et tout le reste, les murs, les colonnes et le pavement, il l’avait revêtu d’orichalque. Des statues en or s’y élevaient, celle du dieu, debout sur son char attelé de six chevaux ailés, et tout autour du dieu, qui était si grand que le sommet de sa tête touchait le plafond, il y avait des Néréides montées sur des dauphins, au nombre de cent, car c’était le nombre accrédité parmi les gens d’alors. "

Voici à quoi devait ressembler la capitale :

Les rois atlantes

L’histoire nous enseigne aussi comment est née la civilisation atlante. A l’origine, la Terre fut partagée entre les différents dieux, et c’est ainsi, par exemple, qu’Héphaïstos et Athéna héritèrent d’Athènes. Quant à Poséidon, il lui fut donné l’Atlantide, et c’est pour cela qu’il était le dieu suprême de la civilisation atlante. Il prit pour femme une mortelle, Clito, avec qui il engendra dix garçons : cinq paires de jumeaux, qui devinrent les dix premiers rois atlantes. Le tout premier s’appelait Atlas, et donna son nom au continent. Par la suite, les rois restèrent toujours au nombre de dix, et chacun exerçait un pouvoir absolu sur son territoire et ses sujets. Ils se réunissaient tous les cinq ans et tous les six ans alternativement, dans le sanctuaire de Poséidon, selon un rituel et des lois très précises. Les rois se promettaient, entre autres, d’être irréprochables, d’obéir en tout point à la loi de leur père, et de se porter une assistance mutuelle en cas de danger. Ils prêtaient serment de tuer celui d’entre eux qui manquerait à sa parole.

 Poséidon

La fin de l’Atlantide

Platon décrit l’histoire comme ayant eu lieu neuf mille ans auparavant, ce qui nous amène aux alentours de 10 000 avant J.-C. Les dix rois ne dominaient pas uniquement sur l’Atlantide : ils avaient aussi conquis de vastes territoires en Europe et en Afrique. Mais, apparemment poussés par l’orgueil et la soif de conquête, ils décidèrent de pousser leurs expéditions un peu plus loin et s’attaquèrent à la Grèce… contre qui ils subirent une lourde défaite. Ici, bien sûr, plus que dans tout le reste du récit, on ne peut être  que très surpris pas la tournure des évènements. Pour commencer, à cette époque, selon les historiens officiels, il n’y avait aucune civilisation, d’ailleurs on était encore dans ce que les « spécialistes » nomment la « préhistoire ». Donc, toujours selon les historiens, non seulement la civilisation atlante n’existait pas, mais encore moins une quelconque civilisation grecque capable de repousser le prodigieux empire décrit ci-dessus !

Mais le plus troublant est à venir. Juste après leur défaite, les Atlantes et tout leur continent allaient être victimes d’un gigantesque cataclysme, qui allait les « engloutir » presque instantanément : « Dans les temps qui suivirent se produisirent de violents tremblements de terre et des déluges. En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funestes, toute votre armée fut engloutie d’un seul coup sous la terre, et l’île Atlantide s’enfonça pareillement sous la mer. » Il est aussi dit qu’à l’endroit où l’île s’est enfoncée, la mer est désormais impraticable.

Les raisons de la chute

Bien que le but de cet article ne soit pas d’interpréter quoique ce soit, on ne peut quand même qu’être surpris par la fin inattendue de l’empire atlante. Sans parler du cataclysme, l’attitude des rois atlantes est pour le moins étrange. En effet, si comme l’explique Platon les dix rois - et d’une manière générale le peuple entier - possèdaient une sagesse et une connaissance nettement supérieure aux autres rois du monde entier, pour quelle raison se sont-ils mis en tête d’aller conquérir le reste de la planète, et d’asservir tous les peuples ? En tous cas, c’est bien ce qui semble avoir causé leur perte, et le mieux est de laisser parler Platon, car c’est une vraie leçon de sagesse :

" [Les Rois atlantes] restèrent dociles à la voix de leurs lois et gardèrent de bonnes dispositions à l’égard du principe divin auquel ils étaient apparentés. Leurs façons de penser étaient pleines de vérité et de grandeur, à tous égards; ils se comportaient avec une mansuétude accompagnée de modération aussi bien à l’égard des constantes vicissitudes de l’existence que les uns à l’égard des autres. Aussi, dédaignant toutes choses à l’exception de la vertu, faisaient-ils peu de cas de leur prospérité et supportaient-ils à la façon d’un fardeau léger la masse de leur or et de leurs autres biens.[…]
Mais, quand l’élément divin vint à s’étioler en eux, parce que cet élément avait été abondamment mélangé et souvent avec l’élément mortel, et quand le caractère humain vint à prédominer, alors, désormais impuissants à supporter le poids de la prospérité qui était la leur, ils tombèrent dans l’inconvenance, et, aux yeux de celui qui fait preuve de discernement, ils apparurent moralement laids, parce qu’ils avaient laissé se corrompre les biens les plus beaux qui viennent de ce qu’il y a de plusnoble, tandis qu’aux yeux qui n’arrivent pas à discerner quel genre de vie correspond véritablement au bonheur, ils parurent à ce moment-là être parfaitement beaux et heureux, alors qu’ils étaient remplis d’injuste cupidité et d’excès. "


En guise de conclusion, et d’ouverture sur un autre débat, on peut se poser l’éternelle question : est-ce que l’Atlantide de Platon est une fable, ou une réalité ? En fait, trois hypothèses sont envisageables :

1/ C’est une fable, à laquelle Platon lui-même s’est laissé piéger.
2/ C’est une fable, inventée par Platon ou un autre, dans le but de faire passer, de façon ésotérique, si on peut parler ainsi, un message philosophique ou politique.
3/ C’est la stricte vérité, avec éventuellement quelques erreurs
(notamment en ce qui concerne les dates).

Le débat est ouvert...

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numerus 07/10/2017 10:09

Suite à modifications sur la vidéo "Une fiction de Platon: l'Atlantide"

Son unique adresse sur Youtube est désormais:

https://youtu.be/sFI0Ef9Y--E

Vous pouvez également la consulter via notre site:

http://numerus.free.fr

Merci.

numerus 25/09/2017 17:43

L'ATLANDIDE, une fiction...

Platon nous en avertit clairement en préalable: (Critias 107b-108b)
" Mais que ce que j’ai à dire ait besoin d’une plus grande indulgence, en raison d’une plus grande difficulté, c’est ce qu’il faut essayer de montrer comme je pourrai. Et en effet, Timée, quand on parle des dieux à des hommes, il est plus facile de les satisfaire que quand on nous parle, à nous, des mortels. Car l’inexpérience et la complète ignorance des auditeurs sur des matières qui leur sont ainsi étrangères font la partie belle à qui veut en parler, et, au sujet des dieux, nous savons où nous en sommes. Mais, pour saisir plus
clairement ma pensée, prenez garde à l’observation que voici. Ce que nous disons tous, tant que nous sommes, est forcément, n’est-ce pas, une imitation, une image. "

Il s'exonère et se justifie d'emblée de la fiction qu'il va raconter.

Il précise que pour donner corps à sa thèse qui est celle du modèle et de la gestion de la cité:
" en raison d’une plus grande difficulté, c’est ce qu’il faut essayer de montrer comme je pourrai",
ou encore:
"Car l’inexpérience et la complète ignorance des auditeurs sur des matières qui leur sont ainsi étrangères font la partie belle à qui veut en parler"
et poursuit par:
" Ce que nous disons tous, tant que nous sommes, est forcément, n’est-ce pas, une imitation, une image."

Ayant résidé pendant des années et navigué bien souvent dans Les Colonnes d'Hercule, (Le détroit de Gibraltar), dont je connais chaque recoin, une phrase Platon après bien des années de recherches m'a fourni les éléments de compréhension:

Timée : « Car d’un côté, en dedans de ce détroit dont nous parlons, il semble qu’il n’y ait qu’un havre au goulet resserré et, de l’autre, au-dehors, il y a cette mer véritable et la terre qui l’entoure et que l’on peut appeler véritablement, au sens propre du terme, un continent. » (25b).

Cette citation de Platon comporte une affirmation qui m'a longtemps posé question car le détroit de Gibraltar, Les Colonnes d'Hercule, a été mon jardin que ce soit en mer ou sur ses rivages.

En dedans de ce Détroit, ce n'est pas ailleurs ni dans la mer qui l'entoure...
Un Havre, c'est un port et pour n'importe quel navigateur cela répond à des critères précis d'accès et de sécurité.
Au Goulet resserré, Un goulet ce n'est pas large par définition surtout si on le qualifie de surcroît pour être resserré.

Je ne connais aucun havre au Goulet resserré dans le Détroit, et ce n'est pas faute de l'avoir sillonné et y avoir navigué en tous sens.

Récemment en mars 2017, cette phrase ne cessant de m'interpeller, j'ai délaissé notre retraite de Normandie, et accompagné de mon épouse nous sommes allés nous établir quelques temps sur les rivages du Détroit ce qui fit grimper de près de six mille kilomètres le compteur de notre voiture tant par l'aller-retour que par ce que nous y avons à nouveau circulé.

Le choix était simple. Faire le voyage ou risquer de mourir idiot.
Il m'a alors été donné d'avoir une réponse;

Le Havre et son goulet resserré ont bien existé mais leur comblement naturel s'est réalisé depuis un millier d'années.

Il est situé à 9 kms de l'actuel trait de côte ce qui correspond à la longueur du "canal d'Atlantis".

Il y existait 3 mers intérieures, non pas en anneaux concentriques, mais en pétales par rapport au "Goulet".

Ceci correspond aux connaissances des millénaires proches de Platon (-430 BP).

Les îles du Détroit de Gibraltar dont fait état Platon, (qui ont existé réellement), ont été submergées vers 10.000 ans BP après les remontées du niveau marin qui ont suivi la dernière glaciation dite de Würm, et hormis le "Banc Spartel" ces ilôts sont hors de portée des plongeurs qui auraient pu les connaître.

Ce deuxième point correspond à des connaissances ou traditions orales qui remontent nécessairement à une période bien plus lointaine.

Le troisième point est que les tremblements de terre et cataclysmes sont une constante de la région qui est située sur une zone de subduction de deux plaques terrestres.
Les Tsunamis destructeurs que ce soit dans la Plaine du Guadalquivir en Espagne ou du Gharb au Maroc sont connus.

Alors que le Détroit constituait les limites du monde connu à l'époque de Platon, et où il ne s'est jamais lui-même rendu, c'est l'assemblage des récits des voyageurs et de traditions de lieux proches et d'époques différents, voir éloignées, qui lui ont vraisemblablement servi de base à la construction du décor de sa fiction philosophique.

Une fiction de Platon: l'Atlantide
https://youtu.be/ufILXS4lKcY
Réalisée sur les bases de notre de notre Livre: " Les Lumières du Détroit", 118 pages.

et
"L'autre Atlantide, les transmigrations de l'Atlantique au Nil."
Video de 24 minutes:
https://youtu.be/kxoN3z0hdXY
Réalisée sur les bases de notre livre "Les Deux Sycomores de Turquoise", 207 pages.

Ces deux livres sont téléchargement gratuit sur notre site:

http://numerus.free.fr

Didier 29/09/2013 14:22


Un autre choix:


4/ C'est la stricte vérité, sans erreur (y compris les dates qui sont justes !)


à méditer...


 

Svetlina 18/08/2007 19:50

Bonjour,Michel > Oui, il est vrai que tout porte à croire que Platon a voulu raconter une histoire vraie et bien réelle.BlueHue > Noramlement ça fonctionne... Par contre il vaut mieux écrire directement le commentaire ici, et ne pas faire un copier-coller (par exemple d'un texte tapé sous Word)... Je ne sais pas si c'est ce que vous avez fait...Svetlina

BlueHue amateur -Egyptologist 16/08/2007 20:40

:(  Cher LECTEUR,
AU   SUJET ,  de  l'Atlantide  de  Platon,
J'avais essayer d'ajouter un commentair  de deux pages, mais je recevrait un -  MESSAGE - DE-   ERREUR que votre Website est en panne, ou  est-ce-que, j'ai fait un Commentair trop grand. ?? ' BlueHue '  dd 17 Aug.-2007