Blanche-Neige et les sept nains

Publié le par Svetlina

Tout au long du conte, Blanche-Neige n'est pour ainsi dire jamais le sujet de l'histoire : elle subit beaucoup plus qu'elle n'agit, ne prend pas la moindre décision, se laisse emporter au gré des évènements heureux et malheureux. En revanche, elle au centre de l'attention de tous les autres personnages, qui sont tour à tour : sa mère, sa belle-mère, le serviteur, les nains et le prince. Tous ces personnages "travaillent" sur Blanche-Neige, voila pourquoi selon moi, dans une étude ésotérique, le véritable héros de ce conte n'est pas Blanche-Neige elle-même mais plutôt la succession des personnages énoncés ci-dessus qui, au bout du conte, constituent une seule et même personne à des étapes différentes de son cheminement. Nous allons donc étudier ces étapes une par une, chacune correspondant à l'un des personnages.

Note : dans ce qui suit, ce qui est en italique est un résumé (très concis) de l'histoire.

La mère

Une reine travaille à sa fenêtre (dont le cadre est en bois d'ébène), se pique le doigt, trois gouttes de sang tombent dans la neige et la reine fait le voeu de mettre au monde une petite fille qui aura la peau blanche comme la neige, les joues rouges comme le sang et les cheveux noirs comme l'ébène. Son voeu se réalise et la petite fille est appelée Blanche-Neige. Mais sa mère meurt peu de temps après.

Il y a évidemment ici le chiffre 3 qui apparaît deux fois : trois gouttes de sang et trois éléments. Le sang, véhicule de l'âme selon les kabbalistes chrétiens, l'un des composants les plus intimes d'un être vivant, vient se mêler à la neige et à l'ébène. S'il est certain que le sang représente l'âme, on peut supposer que la neige représente l'esprit et l'ébène le corps. Quoiqu'il en soit on a le triangle de base, et peut-être peut-on mettre en correspondance le sang avec le mercure (rouge), la neige avec le sel (blanc) et peut-être l'ébène avec le soufre ?

Le travail alchimique a commencé et bientôt naît la petite fille, et peu après meurt sa mère. On a donc une mort et une naissance quasi-simultanées. On dit souvent que le chemin spirituel est fait de perpétuelles morts et naissances. Quelque chose meurt en nous, une nouvelle chose naît. Ici la mère et la fille sont donc deux étapes de l'évolution d'une même entité. Et la fille est très belle, on suppose qu'elle est à un niveau supérieur que ne l'était sa mère. Mais ses déboires sont loin d'être terminés.

 

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La reine à sa fenêtre - illustration d'un livre de 1852


La belle-mère (devant son miroir)

Le roi épouse une nouvelle femme, très belle mais très vaniteuse, qui chaque jour interroge son miroir magique pour savoir qui est la plus belle femme de la terre. Et celui-ci lui répond que c'est elle.

Ce personnage odieux, que le lecteur ne peut que détester, est la grande force maléfique de ce conte. Le miroir fait partie de l'ensemble des symboles liés à l'eau, au même titre que le verre, le cristal, la boule de cristal, etc, et possède les qualités de l'eau, en l'occurrence ici la réflexion (dans le sens refléter) et la transparence. En réalité, si le miroir dit la vérité, c'est parce qu'il renvoie notre image de façon inversée, ce qui nous permet de la voir sous un angle nouveau. Mise à part cette inversion, il est parfaitement transparent : il ne triche pas et reflète les choses telles qu'elles sont. La Reine se rassure donc elle-même chaque jour, face à son miroir, et est heureuse tant qu'elle est persuadées d'être la plus belle.

Mais Blanche-Neige devient de plus en plus belle année après année, et le jour de ses sept ans, elle surpasse la reine en beauté. Ce jour-là le miroir informe la Reine qu'elle n'est plus la plus belle. Folle de rage, elle demande à l'un de ses serviteurs de conduire Blanche-Neige dans la forêt et la tuer. Celui-ci s'exécute, mais au moment de tuer la petite fille, celle-ci lui paraît si douce, innocente et pure, qu'il ne peut s'y résoudre et la laisse s'enfuir.

La Reine est plutôt naïve, et se figure encore que se débarrasser de Blanche-Neige va être un jeu d'enfant. Elle n'a pas encore compris que Blanche-Neige n'est pas juste une petite fille, elle est une princesse, et une princesse, dans un univers de contes de fées, c'est un personnage très évolué que l'on n'élimine pas si facilement. Le serviteur est donc littéralement désarmé devant la douceur de la princesse. Cela fait penser au charisme naturel de tous les grands sages et initiés : quiconque s'approche d'eux est subjugué par leur simple présence. Il semblerait que la même chose se soit produite pour le serviteur face à Blanche-Neige.

Blanche-Neige s'enfuit à toutes jambes et parvient dans une étrange petite demeure. Après s'être restaurée elle s'endort. Or cette demeure est celle de sept nains qui travaillent toutes la journée dans la montagne à la recherche d'or. C'est avec grande surprise qu'ils découvrent la petite fille endormie chez eux ce soir-là. L'éclairant de leurs lampes, ils sont tous émerveillés par sa beauté et prennent soin de ne pas la réveiller. Le lendemain matin Blanche-Neige leur raconte son histoire. Ils sont très tristes pour elle et lui propose de rester à la maison, et de n'ouvrir la port à personne car pour sûr la Reine tentera de la tuer à nouveau.

 

bn-mangeBlanche-Neige goûte au repas des nains - illustration d'un livre de 1852

 


Nous étudierons le cas des nains plus loin dans l'article. Mais nous pouvons d'ores et déjà dire qu'à partir de maintenant, et jusqu'à la venue du prince, le véritable héros du conte, c'est l'ensemble des sept nains, qui vont s'occuper de Blanche-Neige, la sauver et même travailler sur elle.

La belle-mère (trois tentatives de meurtre)

Le miroir informe la Reine que Blanche-Neige est toujours en vie et qu'elle réside désormais chez les nains. La Reine se déguise et par trois reprises tente de tuer la Princesse. Tout d'abord en lui serrant très fort le lacet de son corselet pour lui couper la respiration, puis en passant un peigne empoisonné dans ses cheveux. Mais chaque fois les nains arrivent à temps pour dénouer le lacet ou retirer le peigne. Finalement la Reine fabrique une pomme dont la moitié est saine et l'autre moitié empoisonnée. Elle offre la pomme à Blanche-Neige et pour la mettre en confiance croque la partie saine. Blanche-Neige croque la partie empoisonnée et tombe dans un profond sommeil.

Cette fois-ci, la Reine semble avoir compris que personne d'autre qu'elle-même ne pourrait éliminer la petite fille. Comme si elle reconnaissait inconsciemment (mais sans aucune culpabilité que dans tout le royaume, il n'y a vraiment qu'elle qui soit assez mauvaise pour réaliser une telle horreur. Comme toujours, il faut trois tentatives pour venir à bout (peut-être) de ce funeste projet, un peu comme Satan qui vient tenter Jésus trois fois dans le désert. Jésus est victorieux les trois fois. Cette fois-ci, on peut dire que les deux premières fois sont une victoire, si on considère que les héros sont les sept nains : les deux premières fois ils triomphent de la reine en sauvant la vie de Blanche-Neige. Pour ce qui est de la troisième fois, cela s'avère un peu plus délicat…

Encore une fois, la pomme apparaît comme un objet maléfique, précipitant l'être dans la matière, le sommeil, le chaos, le cas le plus célèbre étant celui d'Adam et Eve tentés par le Serpent (bien qu'en réalité, la Genèse n'indique jamais qu'il s'agit d'une pomme, mais seulement d'un fruit, les textes apocryphes puis la tradition populaire en ont fait une pomme). Au passage, O.M.Aïvanhov explique que si la pomme est un symbole de chute, c'est parce qu'on peut l'inscrire dans un triangle pointant vers le bas (contrairement à une poire, qui s'inscrirait dans un triangle pointant vers le haut). Par ailleurs, cette pomme possède deux faces, l'une saine et l'autre empoisonnée, ce qui rappelle fortement les deux faces de la lune, les deux déesses qui lui sont associées, l'une bénéfique l'autre maléfique, etc… Bref, objet très dangereux et Blanche-Neige, comme beaucoup d'autres avant elle, s'y laisse prendre.

La Princesse tombe alors dans un profond sommeil et rien ne semble pouvoir la réveiller. Le sommeil est l'opposé de l'éveil : c'est l'état de l'âme fondue dans la masse, sans véritable conscience d'elle-même, sans lucidité, très loin de toute liberté, c'est une petite mort.

 

bn-cercueilBlanche-Neige dans son cercueil - tableau de Marianne Stokes (vers 1880)

 


Les nains

Les nains finissent par se résoudre à ne plus jamais voir Blanche-Neige vivante et décident de lui construire un magnifique cercueil de verre, sur lequel ils gravent son nom en lettres d'or. Ils placent le cercueil en haut de la colline, et les sept nains se relaient à tour de rôle pour surveiller la petite fille et continuer d'admirer sa beauté, car même dans cet état de sommeil profond, son visage garde mystérieusement toute sa fraîcheur et toute sa pureté. Les oiseaux et d'autres animaux viennent eux aussi près du cercueil.

Les nains, non seulement ont accueilli Blanche-Neige, ont été de la plus grande gentillesse avec elle, lui ont sauvé la vie à deux reprises, et maintenant décident de veiller sur son corps jusqu'à la nuit des temps. Quelle générosité, quelle force et quelle volonté = Certes, ils ne parviennent pas à sortir la Princesse de cette troisième crise, mais au moins font tout leur possible pour entretenir le feu sacré, se relayant à son cercueil. Leur travail consiste désormais à surveiller la petite fille, certes, mais en même temps à l'admirer, ou plutôt la contempler. Si vous êtes habitué à méditer, à vous concentrer, vous savez certainement que la contemplation est une attitude très active, pas juste une émotion agréable. Les sept nains effectuent donc un véritable travail alchimique à travers cette contemplation, qui passe successivement par chacun d'entre eux, comme on pourrait travailler sur les sept planètes ou les sept chakras.

Le prince

Un prince vient à passer par la forêt. Ayant vu Blanche-Neige dans son cercueil, il supplie les nains de le laisser l'emporter dans son château, afin de pouvoir l'admirer quotidiennement. Mais les nains s'y refusent catégoriquement. Finalement, pris de pitié pour le pauvre prince qui est littéralement fou amoureux de la Princesse, ils lui laissent prendre le cercueil. Alors que le cercueil est emmene, le morceau de pomme tombe de la bouche de Blanche-Neige et celle-ci se réveille.

Il ne faudrait pas croire que les nains n'ont rien fait dans l'histoire. En fait, l'arrivée du prince est l'aboutissement du long et patient travail des nains. Le jeune homme arrive au bon moment, à "point nommé" pourrait-on dire, pour effectuer le geste final, qui du coup paraît presque facile à côté des années de travail qui ont précédé. Et le dernier exploit des nains consiste à avoir l'humilité de laisser Blanche-Neige au Prince. D'une part car ils jugent qu'une Princesse a davantage sa place auprès d'un Prince qu'auprès d'eux, et d'autre part, certainement, car ils ont la modestie de penser que le Prince est probablement plus capable qu'eux-mêmes de s'occuper de la Princesse. Et c'est peut-être là l'acte le plus courageux de tout le conte : accepter de voir partir l'être que l'on aime, qu'on adore, car on sait humblement au fond de nous que c'est nécessaire

Le Prince emmène Blanche-Neige, l'épouse, et ils règnent heureux de nombreuses années. Quant à la Reine, quand son miroir lui apprend que la plus belle femme sur Terre est la nouvelle reine, elle ne peut résister à la tentation de voir qui est la jeune mariée. Et quand elle découvre que ce n'est autre que Blanche-Neige elle-même, elle s'écroule et meurt.

Une jolly happy end comme dans tous les contes de fée. La méchante reine meurt à son tour, tandis que naît une nouvelle reine, Blanche-Neige.

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Blanche-Neige par Walt Disney

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Le fantôme d'un père reconnu par toute sa famille et par des étrangers 05/01/2015 13:56

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