Du monothéisme au polythéisme

Publié le par Svetlina

Selon les historiens, les hommes ont "créé" les dieux, puis sont progressivement passés du naturalisme (ou du fétichisme) au polythéisme, puis du polythéisme au monothéisme, c'est à dire qu'il leur a d'abord fallu adorer une multitude de divinités, avant de réussir à concevoir une divinité unique. Cette évolution est regardée comme un grand progrès de la psychologie humaine, une sorte de formidable avancée dans la conception et les idées. Certains vont même jusqu'à affirmer que le monothéisme est l'oeuvre d'un seul homme, patriarche des environs d'Ur en Mésopotamie il y a 4000 ans : Abraham.

Et si en réalité, l'histoire n'était pas tout simplement le contraire ? Et si finalement, ce ne serait pas d'abord le monothéisme, la véritable grande religion, et que celui-ci aurait dégénéré en polythéisme dans certaines traditions ? Cette hypothèse, bien que contraire à l'opinion de tous les "spécialistes", n'est pourtant pas si absurde que cela.

La référence absolue en matière de religion polythéiste, pour les spécialistes, c'est la religion des Grecs. C'est à dire un véritable polythéisme, avec une multitude de divinités, Zeus, Aphrodite, aux comportement très humains, si bien qu'on peut aussi parler d'anthropomorphisme. En réalité, cette drôle de religion était unique en son genre, et elle n'est en tous cas absolument pas comparable aux mythologies hindoues par exemple. Le drame, c'est que la religion des Grecs a été prise comme la référence absolue par tous les historiens, et dès qu'ils se trouvent face à un panthéon de dieux, ils sont persuadés qu'ils ont affaire à quelque chose de similaire au panthéon grec. Alors essayons d'analyser rapidement une autre religion "polythéiste", du moins polythéiste en apparence (car en réalité elle ne l'est pas du tout) : l'hindouisme. Cette dernière est d'ailleurs beaucoup plus ancienne, et s'est perpuétée sur une durée beaucoup plus longue, que celle des Grecs, si bien qu'on se demande vraiment pourquoi ce n'est pas elle, la véritable référence. Peut-être parce que les Européens sont incapables d'y comprendre quoi que ce soit ?

Ainsi chez les Hindous, il y a tout d'abord Brahma , l'Etre suprême. Ce n'est pas Dieu (le mot "dieu" ne signifie plus grand chose), c'est l'Etre, dont l'existence est incontestable. L'Etre est. Brahma peut être alors "personnifié" : c'est Ishwara , la personnalité divine. Cette dernière peut alors se décomposer en une triplicité divine : Brahmâ (cette fois-ci avec un accent circonflexe), qui représente le principe créateur, Vishnou , qui est le principe animateur, et Shiva , le principe transformateur. On voit donc que cette triplicité, c'est avant tout trois principes, trois attributs divins. Et bien sûr ceux-ci peuvent être décomposés à leur tour, et on peut obtenir de la sorte des dizaines, et même des centaines, des milliers, d'attributs divins, qui sont autant de composantes de l'Etre suprême. Ensuite, chacun de ces attributs peut être représenté symboliquement : on obtient alors une prakrita , qui est une sorte d'"image de la divinité". Et c'est là que les Européens se trompent : ils sont persuadés que ces prakritas représentent véritablement des dieux, à la manière des dieux grecs. Mais non, pour un hindou, Brahmâ, Vishnou, Shiva et les autres sont avant tout des symboles, des supports pour la méditation. Et en second lieu seulement des divinités à qui l'on peut rendre un culte. Il serait donc absurde de parler de polythéisme.

On peut supposer que la mythologie grecque, à l'origine, était basée sur le même modèle : un Etre surprême qui pouvait se décomposer en une multitude de symboles. Ainsi Zeus symbolisait la Justice, la Noblesse, Aprhrodite symbolisait la Beauté, l'Amour, Apollon symbolisait la Lumière, le Soleil, etc. Mais peu à peu, par une sorte de dégénéressence, une sorte d'involution, de retournement de la spiritualité, ces symboles ont été assimilés à de véritables personnages aux comportements très humains, et mêmes d'humains assez peu matures. On connaît tous les ruses de Zeus pour tromper sa femme Héra, les vengences de cette dernière, les crises de jalousie d'Aphrodite. Eh bien pour tomber aussi bas dans la conception des mondes subtils, il fallait vraiment que les Grecs vident la spiritualité de son âme et de son essence. On peut véritablement parler d'idolatrie, puisque les symboles ne sont plus regardés pour ce qu'ils représentent, mais pour ce qu'ils sont physiquement. Oui, avec la mythologie grecque, nous avons affaire à un véritable polythéisme anthropomorphique.

Parlons maintenant du fameux "préjugé classique". C'est le terme enployé pour désigner la pensée de tous les spécialistes qui sont persuadés que la civilisation grecque était la plus grande de toutes. Ca peut se comprendre : les Grecs sont le berceau de la civilisation occidentale, si bien que nous, en tant qu'Occidentaux, nous les regardons comme de vrais précurseurs, de vrais révolutionnaires de la pensée. Hélas, si le scénario décrit dans le paragraphe ci-dessus est bien réel, et je pense qu'il l'est, non seulement les Grecs n'étaient pas des précurseurs, mais c'est plutôt le contraire : c'était une civilisation complètement coupée du Sacré, du Divin, incapable d'accéder aux vérités métaphysiques. Ce qui explique cette drôle de mythologie où les dieux se comportent pire que des hommes, ce qui explique aussi le développement du sentimentalisme et donc de l'Art (poésie, sculpture), tellement admiré par les modernes, et surtout la "naissance" de la philosophie. Cette philosophie serait une sorte de palliatif pour remplacer la véritable spiritualité perdue. Hélas, les tergiversations des premiers philosophes n'avaient déjà plus rien à voir avec la vraie Science initiatique.

Cette civilisation grecque aurait certainement été oubliée à jamais, effacée de l'histoire comme une sorte d'anomalie, de blague, si les Grecs n'avaient pas été conquis par les Romains, qui ont repris aveuglément toute leur mythologie, pour la simple et bonne raison qu'ils étaient bien trop occupés à faire la guerre et à conquérir de nouveaux territoires pour s'occuper de spiritualité. C'est ainsi qu'à travers les Romains, la pseudo-spiritualité grecque, avec d'une part sa mythologie délâbrée, et d'autre part ses philosophes perdus dans leurs considérations, a pu perdurer jusqu'à nous, et influencer toute la pensée occidentale. Et même mondiale, puisqu'aujourd'hui la mentalité occidentale a aspiré le monde tout entier.

Par chance, le christianisme est né et s'est imposé dans l'Empire romain, nous donnant une sorte de répit dans cette longue agonie. En quoi le christianisme fut-il une chance ? Tout simplement parce qu'il fut un retour au monothéisme, seule véritable conception qui tient debout, et qui évite que les "penseurs" se dispersent dans tous les sens. Bien sûr, l'Eglise a détourné l'enseignement initial de Jésus, ce qui est dramatique. Toutefois, on peut observer à ce moment-là, pendant les dix siècles du Moyen-Age, le retour à une spiritualité mieux fondée, véhiculée à travers les mythes du Graal, et les organisations initiatiques nées au Moyen-Age : Franc-maçonnerie, Compagnonnage, Ordre du Temple, Catharisme, etc, malheureusement souvent persécutées par l'Eglise. Sinon, on peut tout à fait supposer que sans le christianisme, la religion gréco-romaine aurait sombré à son tour dans le naturalisme. En effet cette étape, qui consiste cette fois-ci à considérer que les divinités représentent des phénomènes naturels (le Soleil, le Feu, le Volcan), et qui est regardée par les spécialistes comme le point de départ des religions, n'est peut-être à son tour qu'un polythéisme dégénéré. Après avoir détourné les symboles de leur véritable sens, les hommes les associent à ce qui les entoure le plus directement : la nature. C'est le cas des tribus dites "primitives", et qui ne sont peut-être pas primitives du tout, qui sont peut-être l'abtoutissment final de cette longue chute, de cette spiritualité décadente.

Bien sûr, tout ceci ne tient la route qu'à la condition de poser, dès le départ, une Tradition primordiale, ancestrale, et c'est là qu'on peut rejoindre les thèses de René Guénon, entre autres. On pourrait développer ce point, mais il mériterait à lui seul un article tout entier, alors ce sera peut-être pour une autre fois

Pour terminer, regardons simplement ces images. La première représente Shiva, la seconde Apollon.



On voit que tout est symbolique, absolument tout, que rien n'est laissé au hasard. Shiva n'est une divinté qu'en second lieu : elle est avant tout le principe transformateur de toute chose. Un attribut divin, un symbole, un support pour la méditation, une sorte de "passerelle" entre l'homme et l'Etre suprême.



Ici Apollon. Il est clair que le première préoccupation du sculpteur est avant tout esthétique. Les symboles sont quasiment absents, la pose est artistique...

Je pense que ces deux images suffisent à montrer le gouffre qui sépare ces deux religions (hindoue et grecque), qui sont regardées toutes deux comme des polythéismes. La première est une métaphysique pure, la seconde n'est qu'une forme de vague religiosité... hélas, c'est la deuxième qui constitue la grande référence. On comprend facilement pourquoi les "spécialistes" occidentaux, en général, sont incapables de pénétrer les mystères de la spiritualité hindoue !

A bientôt,
Svetlina


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

alphatoute 16/01/2012 23:18


je ne lis même pas votre article, le polytheism existait bien avant le monotheism qui fut vu comme une Hérésie par les hommes les plus sages de toute l'antiquité .


La mythologie n'est que l'expression de la pschynalasye sur un plan plus élevé de l'arbre de vie.


bonne continuation .

didier 29/12/2010 09:53



je suis outré que vous comparez la religion grecque et d'un coup romaine si semblalble à la celte comme étant une vague religiosité.


Le grecs connaissaient dejà la cité et la politique que les hindoux faisaient encore trempette dans le gange !



madi 12/03/2017 13:52

dis lui la vérité didier !!