Les Cathares

Publié le par Sol

Parmi les grands mouvements spirituels (souvents ésotériques) du Moyen-Age : le catharisme.

Au milieu du Moyen-Age, l'Eglise déçoit beaucoup de fidèles : grave manque de formation des prêtres, impôts payés à l'Eglise, abus de l'excommunion, etc... Ainsi naissent de nombreuses hérésies . Est appelée hérésie tout ce qui n'entre pas dans le cadre très strict de l'Eglise officielle, catholique. Au cours du XI° siècle, les hérésies fleurissent partout en Europe. Le catharisme est celle qui aura rencontré le plus du succès, du moins dans le royaume de France.

Un écu cathare


La pensée cathare

Le catharisme est un dualisme . Le dualisme, c'est une conception selon laquelle le monde est régi par deux principes : le Bien et le Mal. Elle a reçu ses lettres de noblesse avec Mani, fondateur du manichéïsme, au III° siècle, qui a fortement influencé les croyances du Moyen-Age. Il y a le dualisme mitigé (exemple : les Bogomiles), pour qui les deux principes du Bien et du Mal sont nés d'un Principe unique supérieur, et il y a le dualisme absolu (c'est le cas des Cathares), pour qui le Bien et le Mal sont tous les deux originels et égaux. Le Bien : Dieu. Le Mal : le Démiurge. C'est aussi bien Dieu que le Démiurge qui ont créé le monde, pour les Cathares.

De là il n'y a qu'un pas pour déclarer que le monde est fait de deux substances : l'Esprit (=Bien) et la Matière (=Mal). De ce fait, le Cathare rejette tous les biens matériels (argent, pouvoir), et condamne les relations sexuelles. Précisons toutefois que ces restrictions ne s'appliquent pas à tous les Cathares, mais uniquement aux Parfaits (les maîtres spirituels).

Le catharisme est un mouvement chrétien . Toutefois, il rejette complètement l'Eglise de Pierre, c'est à dire l'Eglise officielle, catholique, de Rome. Il se réclame de l'Eglise de Jean. C'est d'ailleurs un trait commun à de nombreux ésotérismes chrétiens. Pour eux, l'apôtre Pierre est le fondateur de l'Eglise matérielle, et l'apôtre Jean (auteur du quatrième Evangile et de l'Apocalypse) est le fondateur de l'Eglise secrète, spirituelle, ésotérique. Il est vrai que des quatre Evangiles, celui de Jean est le plus mystique. Le Cathare suit donc l'enseignement de Jésus. Pour le Cathare, Jésus ne s'est pas véritablement incarné : son corps n'était qu'apparence. Sa souffrance, son calvaire, sa mort, tout ceci, dans la vision cathare, n'est qu'une apparence.

Enfin un aspect qui mérite d'être souligné : le Cathare croit en la réincarnation .

L'organisation sociale des Cathares

Il y a deux sortes de personnes dans les sociétés cathares : les Parfaits et les Croyants. Les Parfaits sont l'équivalent des prêtres : ce sont les guides, les maîtres spirituels, les chefs d'initiation. Les Croyants sont les simples fidèles.

Les Parfaits mènent une vie ascétique très rigoureuse. Ils sont regroupés en communautés monastiques très pauvres, et voyagent deux par deux pour dispenser leur enseignement. Ils sont végétariens, ne possèdent rien, et observent une parfaite abstinence sexuelle. En cas de manquement, les punitions sont sévères, et les fautes presque impardonnables. En cas de faute grave, l'initiation est entièrement à refaire, et les pénitences sont nombreuses.
Pour devenir Parfait, le Croyant suit de longues années d'enseignement, d'épreuves et d'initiations. L'Initiation finale est le Consolamentum : pendant que le postulant récite le Pater Noster, le maître de cérémonie lui place l'Evangile de Jean au-dessus de la tête. Le Consolamentum est un baptème d'Esprit, en opposition au baptème d'Eau traditionnel.

Si la vie des Parfaits est très rude, celle des Croyants est au contraire très souple. Ils n'ont que peu d'obligations à suivre, voire pas d'obligations du tout. L'union sexuelle leur est complètement permise, plus par dépit d'ailleurs... Partant du principe que la Matière (le Mal) est si forte et si attractive, le Cathare sait que l'homme a très peu de chances de sortir vainceur de son combat... alors mieux vaut s'y résigner (pour les Croyants, pas pour les Parfaits).

Enfin, un fait mérite d'être souligné : l'égalité des sexes. Chose hors norme à l'époque. Une femme peut devenir Parfaite au même titre qu'un homme.

La fin des Cathares

Le Catharisme séduisait beaucoup de monde : l'égalité des sexes séduisait les femmes, l'idée de la réincarnation séduisait les pauvres, la souplesse des règles séduisait tous ceux qui trouvaient trop contraignants les usages de l'Eglise. Enfin, la pauvreté des Parfaits séduisait les assoiffés du Christ, qui trouvaient ce mode de vie beaucoup plus conforme à l'enseignement de Jésus, que le mode de vie habituel du clergé. Voila pourquoi le Catharisme connut une ampleur considérable, notamment dans le Midi de la France (Toulouse, Carcassone, Béziers, Albi). L'Eglise finit par s'en inquiéter. Les mesures traditionnelles étant restées inefficaces (Anathème, ex-communion), le Clergé prit les choses en main : ce fut la Croisade des Albigeois, menée par Innocent III, la seule croisade de l'histoire qui ait eu lieu en terre chrétienne. Ce fut un carnage, une longue suite de pillages et de massacres. C'est ici qu' a été prononcée une phrase célèbre. Devant la ville de Béziers, les assiégeants se demandaient comment ils allaient pouvoir reconnaître les Cathares, car dans cette ville vivaient aussi bien des Cathares que des Catholiques. L'un d'eux trancha : "Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"

Simon de Montfort, chef de la croisade des Albigeois


Les Croisés exterminèrent presque tous les Cathares. Mais restèrent des survivants, qui se retrouvèrent, s'organisèrent... La chasse aux "infidèles" commença : ce fut la naissance de l'Inquisition, au concile de Narbonne en 1227, avec ses juges, ses procès et ses bûchers. Les Croyants, en général, devaient simplement renier leur foi pour être à nouveau admis au sein de l'Eglise. Mais pour les Parfaits c'était la mort sans procès (on ne peut pas tellement qualifier de "procès" les jugements menés par les inquisiteurs).

L'ésotérisme

Le Catharisme n'était pas une religion. C'était une spiritualité, un ésotérisme, du moins en ce qui concerne les Parfaits. En tous cas, il avait tous les traits d'un ésotérisme, à savoir des initiations et des enseignements secrets.

Terminons en donnant la parole au plus célèbre "penseur" cathare : Jean de Lugio, et son Traité des deux principes , qui nous montre bien à quel point le catharisme était un dualisme absolu :

"En l'honneur du Père très saint, j'ai voulu commencer mon exposé concernant les deux principes, en réfutant d'abord la théroie du principe unique, bien que cela aille à l'encontre de ce que pensent presque tous les esprits religieux. Je pose donc tout de suite : ou bien il n'y a qu'un principe principiel, ou il y en a plus d'un. S'il n'y en a qu'un, et non plusieurs, comme le soutiennent les ignorants, il faut nécessairement qu'il soit bon ou mauvais. Mais il ne saurait être mauvais, car s'il était tel, il ne procéderait de lui que des maux et non des biens, comme le dit le Christ dans l'Evangile de Saint Matthieu : "Tout arbre qui est mauvais, porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre en porter de bons." (Matth., VII, 17-18); et Saint Jacques, dans son Epître : "Une fontaine jette-t-elle, par une même ouverture, de l'eau douce et de l'eau amère ? Mes frères, un figuier peut-il porter des raisins; ou une vigne des figues ? Ainsi nulle fontaine d'eau salée ne peut jeter de l'eau douce" (Jacob III, 11-12)"

Montségur, le plus célèbre des chateaux cathares

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Jean Vladimir Térémetz 29/05/2007 16:27


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